« Ça va » : la météo intérieure que les dirigeants ne prennent jamais

« Comment ça va ? » — « Ça va, un peu chargé en ce moment. » Vous l'avez peut-être dit dix fois cette semaine. Mais quand avez-vous vérifié, pour la dernière fois, si c'était vrai ?

Un dirigeant seul, à l'extérieur, prenant un moment pour lui

Le « ça va » automatique

Un dirigeant tient un rôle. Il rassure son équipe, ses clients, sa banque, souvent sa famille. Ce rôle demande une image stable, même quand l'intérieur l'est beaucoup moins. À force, la façade devient un réflexe. On répond « ça va » avant même de s'être posé la question. Et on finit par perdre soi-même le contact avec ce qu'on ressent vraiment.

C'est la première des dissonances que je décris dans mon guide gratuit : l'écart entre l'image et le ressenti. Je la place en premier pour une raison simple : c'est souvent elle qui cache toutes les autres.

Nommer, ce n'est pas s'apitoyer

Beaucoup de dirigeants se méfient de cette question, comme si regarder son état intérieur risquait de l'aggraver. C'est l'inverse. Des travaux en neurosciences, notamment ceux de Matthew Lieberman à l'université de Californie, ont montré que mettre un mot sur une émotion en diminue l'intensité.

Autrement dit, ce qu'on nomme, on le domine un peu mieux. Ce qu'on tait continue d'agir, en arrière-plan : sur le sommeil, l'humeur, la qualité des décisions.

L'outil : la météo intérieure

L'exercice tient en trente secondes par jour, pendant cinq jours :

  1. Chaque soir, à heure fixe, seul, posez-vous la question pour de vrai : « comment je vais, vraiment ? »

  2. Répondez en un seul mot : fatigué, serein, inquiet, agacé, fier, vide… Évitez « ça va » et « bof ».

  3. Notez à côté ce que vous avez montré aux autres ce jour-là, en un mot aussi.

  4. Au bout de cinq jours, relisez les deux colonnes. L'écart entre les deux est votre information.

Si les deux colonnes se ressemblent, tant mieux : votre image et votre ressenti sont alignés. Si elles disent autre chose, vous venez de repérer votre première dissonance. Et ce n'est pas un échec : c'est un signal.

Un exemple, entièrement fictif

Stéphane, dirigeant d'une entreprise de transport, fait l'exercice une semaine. Colonne « montré » : souriant, solide, disponible, rassurant, enthousiaste. Colonne « ressenti » : épuisé, inquiet, seul, inquiet, vide. En relisant, il réalise qu'il n'a parlé à personne de la perte d'un gros client, survenue trois semaines plus tôt. Le lendemain, il appelle un ancien associé. Juste pour en parler.

Votre exercice

Commencez ce soir. Un mot pour ce que vous ressentez, un mot pour ce que vous avez montré. Cinq soirs de suite. Puis relisez.

Le guide gratuit « Les dissonances des dirigeant.e.s »

10 dissonances fréquentes chez les dirigeants, les signes pour les reconnaître, une première piste pour chacune, et 8 fiches outils à télécharger, dont la météo intérieure.

PS : « Ça va » reste une réponse parfaitement acceptable à la boulangerie.
re-PS : Beaucoup moins face à soi-même.