La légitimité ne se reçoit pas, elle se constate
« Un jour, ils vont s'apercevoir que je ne suis pas à la hauteur. » Si cette phrase vous a déjà traversé l'esprit, vous êtes en très bonne compagnie. Et probablement pas pour les raisons que vous croyez.
Un doute qui épargne rarement les dirigeants
Le sentiment d'imposture, décrit pour la première fois par les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes à la fin des années 1970, toucherait selon les études de 9 à 82 % des personnes. L'écart est immense, parce que les définitions et les méthodes varient. Mais une chose ressort de presque toutes les recherches : il touche aussi, et parfois surtout, les personnes compétentes.
Les dirigeants y sont particulièrement exposés, pour trois raisons très concrètes :
Il n'existe pas de diplôme de dirigeant. On le devient en le faisant, sans jamais recevoir de validation officielle.
Plus personne ne vous évalue. Pas d'entretien annuel, pas de manager pour vous dire « c'est bien ».
Vous changez de métier tous les deux ans sans changer de titre. Diriger une équipe de trois n'a rien à voir avec diriger une équipe de vingt.
Le cycle de l'imposteur
Le mécanisme suit souvent le même cycle :
Une nouvelle mission, un nouveau client, une nouvelle responsabilité.
Le doute : « je n'y arriverai pas ».
La réaction : sur-préparation épuisante, ou procrastination jusqu'à la dernière minute.
La réussite.
L'explication : « j'ai eu de la chance », ou « j'ai tellement travaillé que ça ne compte pas ».
Et on recommence au projet suivant, sans avoir rien engrangé. C'est ce qui rend ce cycle si usant : chaque réussite, au lieu de rassurer, nourrit la crainte d'être un jour démasqué. J'en parlais déjà dans cet article sur le syndrome de l'imposteur.
Votre doute n'est pas une preuve d'incompétence
Les personnes les plus compétentes ont tendance à se sous-estimer : elles mesurent mieux l'étendue de ce qu'elles ne savent pas encore. À l'inverse, on se surestime volontiers dans les domaines qu'on maîtrise peu.
Votre doute n'est donc pas une preuve d'incompétence. C'est souvent l'inverse. Le problème n'est pas d'avoir des doutes. C'est de les laisser décider à votre place.
Constater plutôt qu'attendre
On attend souvent que la légitimité nous soit donnée : par un client prestigieux, un chiffre d'affaires symbolique, un compliment d'un pair respecté. Mais elle ne vient jamais de l'extérieur de façon durable. Le compliment s'oublie, le prochain défi efface la réussite précédente.
La légitimité ne se reçoit pas, elle se constate. Et pour la constater, il faut des preuves. Pas des impressions : des faits, écrits de votre main.
Le carnet de preuves du vendredi
L'outil le plus simple pour commencer : chaque vendredi, prenez cinq minutes pour noter quelques faits de votre semaine. Par exemple :
un problème que vous avez résolu ;
un retour positif que vous avez reçu, même petit ;
une décision que vous avez prise, et ce qu'elle a permis.
Au bout d'un mois, vous aurez sous les yeux une douzaine de preuves concrètes. C'est beaucoup plus difficile à contester qu'une vague impression d'imposture.
Et quand un compliment arrive, essayez simplement de dire « merci ». Sans minimiser, sans expliquer que « ce n'était rien ». C'est plus difficile qu'il n'y paraît.
À vous
Quelle est la réussite de ces derniers mois que vous avez attribuée à la chance ? Relisez-la honnêtement : qu'avez-vous fait, vous, pour qu'elle arrive ?
Pour aller plus loin : le livre blanc gratuit « Votre Légitimité »
Huit pages sur le sentiment d'imposture : son cycle, ce qu'en dit la recherche, ses cinq visages, un autodiagnostic et quatre outils concrets pour en sortir.
PS : vos clients ne vous paient pas par erreur depuis des années.
