Vos colères en disent plus sur vos valeurs que votre site internet

Demandez à un dirigeant quelles sont ses valeurs. La réponse arrive vite : honnêteté, respect, engagement. Souvent les mêmes que celles affichées sur le site internet de l'entreprise. Souvent, aussi, les mêmes que tout le monde.

Demandez-lui ensuite ce qui le met vraiment en colère au travail. La réponse est plus lente. Et beaucoup plus juste.

La colère, boussole des valeurs

La colère signale presque toujours une valeur bafouée. L'injustice blesse ceux qui tiennent à l'équité. Le travail bâclé irrite ceux qui tiennent à l'excellence. Le mensonge, même petit, heurte ceux pour qui la confiance est sacrée. Le contrôle permanent étouffe ceux qui tiennent à l'autonomie.

Vos colères ne mentent pas. Elles ne cherchent pas à faire bonne impression. C'est pour cela qu'elles en disent souvent plus sur vos valeurs que n'importe quelle déclaration.

Valeurs affichées, valeurs vécues

Il existe souvent un écart entre les valeurs qu'on affiche et celles qu'on vit vraiment. Ce n'est pas de l'hypocrisie : c'est simplement qu'on n'a jamais pris le temps de les regarder de près.

Un indice simple pour mesurer cet écart : votre agenda. Vos valeurs vécues se lisent dans la façon dont vous passez votre temps, bien plus que sur le mur de la salle de réunion. Si vous dites tenir à la transmission, mais que vous n'avez pas passé une heure avec un collaborateur depuis trois mois, quelque chose cloche.

Le cercle de Schwartz

Le psychologue Shalom Schwartz a identifié une dizaine de valeurs universelles, présentes dans toutes les cultures étudiées : l'autonomie, la stimulation, l'hédonisme, la réussite, le pouvoir, la sécurité, la conformité, la tradition, la bienveillance et l'universalisme.

Ce qui rend son modèle précieux pour un dirigeant, c'est sa forme en cercle : les valeurs voisines se renforcent, les valeurs opposées entrent en tension. La sécurité tire dans un sens, la stimulation dans l'autre. La réussite personnelle et la bienveillance envers les autres ne font pas toujours bon ménage.

Les dilemmes entre deux bonnes valeurs

C'est là que se jouent les décisions les plus difficiles d'un dirigeant. Rarement entre le bien et le mal. Presque toujours entre deux bonnes valeurs :

  • la loyauté envers un salarié historique, et la justice envers le reste de l'équipe ;

  • la sécurité de la trésorerie, et l'audace d'un investissement ;

  • la qualité irréprochable, et le respect des délais promis au client.

Nommer les deux valeurs en jeu ne résout pas le dilemme. Mais ça change la question. Au lieu de « qu'est-ce que je dois faire ? », on se demande : « laquelle de ces deux valeurs veux-je honorer en priorité ici, et comment respecter un peu l'autre malgré tout ? »

Pourquoi ça vaut la peine

La recherche montre que les objectifs alignés sur nos valeurs profondes tiennent mieux dans la durée que ceux qu'on se fixe par obligation ou par pression extérieure. Et qu'avoir clarifié ses valeurs aide à mieux traverser les périodes de stress : elles servent de point d'appui quand tout bouge.

Pour un dirigeant, c'est aussi un filtre de décision redoutablement efficace. Face à une opportunité, une demande, un recrutement, la question « est-ce que ça respecte ce qui compte vraiment pour moi ? » tranche souvent plus vite qu'une longue liste d'avantages et d'inconvénients.

À vous

Notez trois situations récentes qui vous ont agacé.e ou mis.e en colère au travail. Pour chacune, demandez-vous quelle valeur a été bafouée. Puis regardez si la même revient deux fois.

Celle qui revient est rarement celle que vous affichez. C'est souvent la plus juste.

Pour aller plus loin : le livre blanc gratuit « Vos Valeurs »

Huit pages pour nommer vos vraies valeurs : le cercle de Schwartz, ce que dit la recherche, un autodiagnostic, une liste de 36 valeurs à cocher et une méthode en cinq étapes, de vos colères à votre agenda.

Voir aussi, sur le site : Prism, la carte de ce qui compte pour vous.

PS : une colère n'est pas un défaut de caractère. C'est souvent une valeur qui frappe à la porte.