Et si votre zone de confort, c'était l'urgence ?

« Sortez de votre zone de confort. » La phrase est partout : sur LinkedIn, dans les séminaires, dans les livres de développement personnel. Elle sous-entend toujours la même image : un dirigeant installé dans son fauteuil, qu'il faudrait secouer pour qu'il ose enfin.

Sauf que la plupart des dirigeants que j'accompagne ne sont pas installés dans un fauteuil. Ils courent. Ils répondent à tout, valident tout, travaillent le soir et le week-end. Et ils seraient sans doute surpris d'apprendre qu'ils sont, eux aussi, dans leur zone de confort.

Le confort n'est pas toujours confortable

On confond souvent deux choses : ce qui est agréable et ce qui est familier. Or la zone de confort n'est pas la zone du plaisir. C'est la zone du connu. Celle où l'on sait quoi faire, où l'on sait ce qu'on vaut, où l'on n'a pas à se demander si l'on est à la hauteur.

Pour beaucoup d'entrepreneurs, cette zone du connu, c'est l'urgence. Gérer le problème du jour, répondre au client, éteindre l'incendie : c'est épuisant, mais c'est maîtrisé. On sait le faire, on le fait bien, et on se sent utile.

Ce qui est vraiment inconfortable, c'est l'inverse.

  • Déléguer un dossier, et accepter qu'il soit traité autrement que vous l'auriez fait.

  • Bloquer une demi-journée pour réfléchir, sans rien « produire ».

  • Partir en vacances sans être joignable.

  • Dire « je ne sais pas » devant votre équipe.

Ces gestes-là ne coûtent pas d'énergie physique. Ils coûtent de l'incertitude. Et c'est précisément pour cela qu'on les repousse.

Les trois zones

Les chercheurs en apprentissage distinguent généralement trois zones. La zone de confort, où l'on applique ce qu'on sait déjà. La zone d'apprentissage, où l'on est un peu déstabilisé, mais où l'on progresse. Et la zone de panique, où le défi est trop grand : on ne pense plus, on se protège.

Le conseil « sortez de votre zone de confort » oublie souvent la troisième. Quand un dirigeant débordé décide d'un coup de tout déléguer, de couper son téléphone pendant trois semaines ou de changer toute son organisation, il ne passe pas dans la zone d'apprentissage. Il saute directement dans la zone de panique. Et au premier accroc, il en tire une conclusion définitive : « Ce n'est pas pour moi. Je reprends la main. »

Le problème n'était pas lui. C'était la taille de la marche.

Pourquoi on reste dans l'urgence

La recherche en psychologie éclaire ce mécanisme. Le biais du statu quo nous pousse à préférer la situation actuelle, même insatisfaisante, à un changement dont l'issue est incertaine. L'aversion à la perte nous fait percevoir ce qu'on pourrait perdre comme plus lourd que ce qu'on pourrait gagner : perdre le contrôle d'un dossier pèse plus, dans notre tête, que gagner deux heures par semaine.

Et il y a un piège plus subtil : celui de l'excellence. Plus vous êtes bon dans votre métier d'origine, plus il est tentant d'y rester. Le dirigeant qui était un excellent commercial continue de faire les rendez-vous clés. L'artisan devenu chef d'entreprise reste à l'atelier. Ce qui vous a fait réussir devient ce qui vous empêche d'apprendre le métier suivant.

L'échelle de l'inconfort

Plutôt que de sauter, je propose de monter. Une marche à la fois. La méthode tient en trois questions :

  1. Quelle est la chose que vous évitez, et qui vous ferait vraiment avancer ? Pas la plus spectaculaire : celle qui revient le plus souvent dans votre tête.

  2. Quelle est la plus petite marche vers elle ? Si l'objectif est de déléguer un dossier entier, la première marche est peut-être de laisser votre collaborateur envoyer un seul email sans le relire.

  3. Quand la franchissez-vous ? Une date précise, dans les sept jours.

Si la marche vous paraît ridicule de facilité, c'est qu'elle est à la bonne taille. L'objectif n'est pas de vous mettre en danger. C'est de rester dans la zone d'apprentissage assez longtemps pour que la marche suivante devienne, elle aussi, familière.

Et une fois franchie, regardez honnêtement ce qui s'est passé. Pas ce que vous aviez imaginé : ce qui s'est réellement passé. La plupart du temps, l'écart est saisissant.

À vous

Prenez deux minutes. Quelle est la chose que vous repoussez depuis le plus longtemps, alors que vous savez qu'elle vous ferait avancer ? Et quelle serait la plus petite marche, cette semaine, pour vous en approcher ?

Pour aller plus loin : le livre blanc gratuit « Votre Zone de Confort »

Dix pages pour comprendre les trois zones, ce que dit la recherche, le piège de l'excellence, et construire votre propre échelle de l'inconfort, pas à pas.

PS : rester parfois dans sa zone de confort n'est pas une faiblesse. C'est là qu'on récupère.

Re-PS : mais si votre zone de confort vous épuise, ce n'est peut-être plus vraiment du confort.