Ce que vous montrez, ce que vous ressentez : l'écart qui use les dirigeants
« Ça va, et toi ? » Combien de fois l'avez-vous dit cette semaine ? Et combien de fois était-ce vrai ?
Chez les dirigeants, ce « ça va » est souvent bien plus qu'une formule de politesse. C'est une façade qu'on tient devant l'équipe, les clients, la banque, les proches. Et parfois, à force de la tenir, devant soi-même.
L'image et le ressenti
Il y a ce que vous montrez : l'assurance en réunion, la solidité face aux difficultés, la disponibilité pour tout le monde. Et il y a ce que vous ressentez : la fatigue, le doute, parfois la lassitude.
Cet écart n'est pas forcément un problème. Tout dirigeant garde une part de réserve, et c'est sain : votre équipe n'a pas besoin de connaître chacune de vos inquiétudes. Le problème commence quand l'écart devient permanent, et qu'il n'existe plus aucun endroit où l'image peut tomber.
C'est ce que j'appelle une dissonance : un écart durable entre ce que vous montrez, ce que vous ressentez et ce que vous faites.
Les signes qui ne trompent pas
Une dissonance entre l'image et le ressenti se repère souvent à quelques signes discrets :
vous répondez « ça va » avant même d'avoir vérifié si c'est vrai ;
vous êtes épuisé.e en rentrant, sans savoir dire pourquoi ;
vous vous sentez plus seul.e au milieu de votre équipe qu'en dehors ;
les compliments glissent sur vous, comme s'ils s'adressaient à quelqu'un d'autre.
Aucun de ces signes n'est grave en soi. Ensemble, ils indiquent que vous dépensez beaucoup d'énergie à maintenir une façade.
Il n'y a pas que celle-là
L'écart entre l'image et le ressenti n'est qu'une des dissonances que vivent les dirigeants. Il y en a d'autres, tout aussi fréquentes :
entre vos valeurs et vos décisions, quand vous signez un contrat qui vous met mal à l'aise ;
entre la liberté que vous vouliez en créant votre entreprise et la prison que vous vivez parfois ;
entre ce que vous demandez à votre équipe et ce que vous vous autorisez à vous-même.
J'en ai recensé dix dans cet article sur les dissonances des dirigeant.e.s.
Réduire l'écart, sans tout dire
La solution n'est pas de tout dire à tout le monde. C'est de trouver au moins un endroit où l'image peut tomber : un pair, un groupe, un coach, un proche. Un endroit où « ça va » peut devenir « en fait, pas vraiment ».
Et, pour soi, de reprendre l'habitude de vérifier. L'exercice de la météo intérieure, que je décrivais dans cet article, prend trente secondes par jour : avant de répondre « ça va », se demander quel temps il fait vraiment à l'intérieur.
À vous
La dernière fois que vous avez dit « ça va », qu'auriez-vous répondu si vous aviez été tout à fait honnête ?
Pour aller plus loin : le guide gratuit « Les dissonances des dirigeant.e.s »
12 leçons courtes pour repérer 10 écarts que les dirigeants vivent sans les nommer. Pour chacun, les signes pour le reconnaître et une première piste, avec 8 fiches outils à télécharger.
PS : il est parfaitement légitime de répondre « ça va » au boulanger. C'est à vous-même qu'il vaut mieux dire la vérité.
